Bords de Bièvre

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Bords de Bièvre

Les pluies de ces derniers jours ont redonné vie à la rivière presque asséchée par un printemps particulièrement ensoleillé. Calme ruban vert qui s’écoule sous les saules et les noisetiers, la Bièvre semble un bien humble cours d’eau. Qui se douterait que sans elle, ni la toile de Jouy ni les tapisseries des Gobelins n’existeraient.

La Bièvre à Igny

La Bièvre, longue de 36 kilomètres et traversant 16 communes, prend sa source à Guyancourt dans les Yvelines pour se jeter dans la Seine au niveau du Pont d’Austerlitz (au néolithique, elle empruntait d’ailleurs le lit actuel de la Seine alors que celle-ci coulait plus au nord à l’emplacement des actuels grands boulevards). Principale rivière parisienne, traversant les XIIIe et Ve arrondissements, la Bièvre est désormais insoupçonnable puisqu’elle a été recouverte en 1910 sur tout son cours parisien (et même en amont; la Bièvre ne coule quasiment plus à l’air libre à partir du Parc Heller à Antony). Pourtant, c’est elle qui fut longtemps le centre de toute la vie de nombreux quartiers de Paris…

Le nom de la rivière Bièvre (et celui de la commune de Bièvres, située entre Jouy-en-Josas et Igny) viendrait du mot latin biber, ancien nom du castor qui aurait élu domicile dans le lit de la rivière. Le castor est l’emblème de la Bièvre et de nombreuses communes traversées par la rivière.

En 1770, c’est à Jouy-en-Josas, le long de la Bièvre, que le teinturier Oberkampf imprime ses premières toiles dont la renommée persiste encore aujourd’hui pour notre plus grand bonheur; 20 ans plus tard, il décide d’acquérir la ferme de Bouviers à Guyancourt, où la Bièvre prend sa source, afin de mieux contrôler la qualité des eaux de la rivière (et notamment toutes les zones marécageuses qui s’étendent de Guyancourt à Jouy) pour produire des toiles imprimées de plus belle qualité. Les passionnés de toile de Jouy retrouveront des informations complémentaires et de nombreux liens vers des sites spécialisés sur l’article Toiles de Jouy.

En aval de Jouy-en-Josas, la Bièvre serpente dans une vallée verdoyante, traversant les communes de Bièvres, Igny, Verrières-le-Buisson, Massy et Antony. Une ravissante promenade, peu fréquentée mais tout autant bucolique que dépaysante, a été aménagée le long des rives de la Bièvre. Elle suit de loin le tracé de la voie de chemin de fer de Paris à Versailles (RER C, arrêt Petit Jouy-Les Loges pour aller visiter le Musée de la Toile de Jouy) et longe sur une grande partie de son cours la forêt de Verrières. On y découvre de très nombreuses espèces de plantes aquatiques et d’arbres de berges et une faune variée (pas de castors mais de nombreux rats musqués, canards colverts, poules d’eau et même des oies bernaches… sans compter les poissons bien sûr!).

A Paris, c’est aussi sur le cours de la Bièvre que s’est installée au la Manufacture des Gobelins. Aux XVe et XVIe siècle, les industries utilisant l’eau de la Seine et jugées trop polluantes (blanchisseries, mégisseries, teintureries, tanneries) sont progressivement rejetées hors de Paris et s’installent alors le long de la Bièvre. Au milieu du XVe siècle, la famille Gobelin implante un atelier de teinture de laine en bordure de Bièvre, au bas de l’actuelle rue Mouffetard (en limite des Ve et XIIIe arrondissements). La réputation des Gobelins, notamment connus pour leur fameux rouge à l’écarlate, donna son nom au quartier dès le XVIe siècle. Henri IV y fit ensuite construire en 1601 une grande maison spécialisée dans la tapisserie, à la mode des tapisseries de Flandres, qui deviendra en 1667, sous l’impulsion de Colbert, la fameuse « Manufacture royale des Gobelins ». Image internet http://manufacturedesgobelins.fr La Bièvre restera longtemps la force motrice produisant l’énergie nécessaire à de nombreuses activités: au début du XVIIIe siècle, on compte 24 moulins le long du cours d’eau.

Dans Paris, la Bièvre irriguait les terres des  abbayes de Saint Victor et de Sainte Geneviève. La rivière, si présente dans la vie des parisiens jusqu’au XIXe siècle, se rappelle à nous à travers les noms de rues des quartiers qu’elles traversait à l’air libre: la rue de Bièvre bien sûr, mais aussi la Poterne des peupliers, la rue Glacière (stockage des eaux gelées de la Bièvre), la rue des cordelières, la rue du Fer à moulin, la rue (du moulin de) Croulebarbe…

La Bièvre, entièrement couverte en 1910 sur son tronçon parisien devenu un pestilentiel égout à ciel ouvert, fait l’objet d’un projet de réhabilitation. De nombreuses associations, notamment Les amis de la vallée de la Bièvre, contribuent à faire connaître « leur » rivière. Une marche de la Bièvre est organisée chaque année en mai pour sensibiliser le public à la beauté des paysages traversés par la rivière. A Paris, l’Union des associations « Renaissance de la Bièvre » projette la remise à l’air libre de certaines portions de la rivière (notamment le long du Jardin des plantes rue Buffon) et œuvre à la matérialisation du tracé de la rivière sur les parties ne pouvant pas être découvertes (plaques, fontaines, éclairages, plantations spécifiques…).

Site incontournable: La Bièvre rivière vivante

Projet « Restauration et aménagement de la Bièvre dans Paris » par l’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme d’Ile de France.

Bonne promenade!

De | 2016-12-27T09:38:05+00:00 25 juin 2011|Blog|4 Comments

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4 Commentaires

  1. Anne Cluzel 27 juin 2011 à 15 h 33 min␣- Répondre

    J’ai appris plein de belles histoires ! Merci et surtout ne t’arrête pas…

  2. Constance d'Andoque 28 juin 2011 à 21 h 58 min␣- Répondre

    Et je pourrais ajouter que le grand père d’Alexandre, Gustave Fayet, a acheté en 1908 une maison à Igny pour pouvoir y créer une verrerie, profitant de la proximité du sable de la vallée de la Bièvre… Il y a créé, avec Richard Burghstal, tous les vitraux que l’on voit actuellement à l’abbaye de Fontfroide !
    Merci pour cet article passionnant !

  3. decoatouslesetagesleblog 29 juin 2011 à 7 h 02 min␣- Répondre

    Merci Constance pour ce commentaire enrichissant comme je les aime. J’ai une tendresse particulière pour cette rivière près de laquelle j’ai passé une bonne partie de mon enfance. Je savais l’existence de verreries puisque le nom de la commune Verrières-le-Buisson vient des nombreuses sablières présentes dans la forêt (le « buisson ») de Verrières, mais les détails que tu m’apportes pressent ma curiosité… Je suis très touchée de savoir que le sable dans lequel j’ai fait de belles glissades est la matière première des vitraux de l’Abbaye de Fontfroide si chère à ton cœur! Affaire à suivre… Je serais ravie que tu participes à ce blog en nous contant l’histoire de Fontfroide. Laure

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