A l’occasion de la 4ème Nuit des Arts, je suis allée découvrir la Piscine de Roubaix qui fête cette année son dixième anniversaire. Pour les néophytes (comme moi jusqu’à mon arrivée à Lille!), « la Piscine » est un musée; en fait, l’ancienne piscine municipale de Roubaix transformée en 2001 en un époustouflant lieu d’exposition. Je ne sais par où commencer ce récit tant la visite est riche. Je crois qu’il me faudra, pour ne pas vous lasser, plusieurs articles pour vous conter ce lieu magique…

Laissons donc pour l’instant de côté le détail des exceptionnelles collections de peintures et de sculptures dont la qualité mérite vraiment qu’on fasse le voyage, au moins depuis Paris. Laissons aussi les merveilleuses collections de tissus qui retracent l’histoire de l’industrie textile roubaisienne. Je voudrais juste aujourd’hui vous dire ma première impression et vous donner envie de venir: la reconversion de ce modèle d’architecture Art déco en musée est une réussite!

Neptune, dieu des océans, crache de l’eau à l’extrémité de la piscine (cette figure avait été surnommée « le lion » par les baigneurs).

Un peu d’histoire:

Le projet de la première piscine de Roubaix voit le jour en 1922 à l’initiative de Jean-Baptiste Lebas, maire de Roubaix qui deviendra ministre du travail dans le gouvernement de Léon Blum. C’est l’architecte français Albert Baert (1863-1951), déjà connu pour la construction des bains municipaux de Lille en 1890, qui est choisi pour l’édification de la piscine municipale de Roubaix. Les plans sont établis dès 1923 et les travaux commencent en 1927. La piscine ouvrira en octobre 1932, à l’ère du déclin annoncé de l’industrie textile de Roubaix en même temps qu’à celle de l’apogée d’un mouvement artistique, architectural et décoratif reconnaissable entre tous: l’Art déco.

Sur le plan social, l’ouverture de la piscine manifestait une volonté « hygiéniste », dans une ville où la population est en grande majorité constituée par la main d’œuvre ouvrière. Malgré les dramatiques destructions de la 1ère guerre mondiale, la crise de 1929 et les grèves du début des années 30 qui avaient sérieusement freiné l’essor de l’industrie textile, Roubaix, « centre européen du textile » au tout début du XXème siècle (exposition internationale du Nord en 1911*), occupe encore jusqu’en 1960 la première place dans  l’industrie textile en France. La piscine offrait à tous un accès à la salubrité, avec, en plus du grand bassin doté d’équipements sportifs innovants, des bains publics et même une laverie au sous-sol. Fermée en 1985 pour des raisons de sécurité, la piscine de Roubaix allait connaitre une nouvelle vie avec le nouveau siècle.

A ses grands hommes de l’industrie textile, la ville de Roubaix reconnaissante

Sur le plan architectural, la piscine de Roubaix est un modèle d’architecture Art déco: la voûte immense qui couvre le grand bassin est éclairée par un spectaculaire vitrail évoquant le soleil couchant, tant dans sa forme que dans ses couleurs (rouge, orange, jaune). Alors là, vous vous demandez: « S’il est si beau qu’ça ce vitrail, pourquoi qu’elle nous le montre pas? »! Et je vous répond que premièrement je ne l’aime pas (mais c’est un jugement purement personnel; objectivement, c’est une œuvre d’art), que deuxièmement, la photo n’est pas belle (et je veux que mon blog soit beau), que troisièmement je vous la propose en noir & blanc (ce qui est idiot pour un vitrail mais vous trouverez cette photo partout si vous la cherchez!).

Allez, je fais un effort pour vous montrer une partie de la verrière; faites de votre côté un effort d’imagination!

Ceci étant dit, il est intéressant de regarder la vue d’ensemble du bassin (notamment les rambardes omniprésentes) et tous les détails (lettres des indications « piscine » ou « baignoires », décoration des piliers et de la buvette…) pour reconnaître à coup sûr la signature Art déco des années 30.

Le monumental portique en grès émaillé polychrome, conçu par l’architecte décorateur Alexandre Sandier (Manufacture Nationale de Sèvres) pour l’exposition universelle de Gand en 1913 (pavillon français)

La métamorphose de la piscine en lieu d’exposition est assurément une réussite technique et artistique. Elle a été réalisée par l’architecte Jean-Paul Philippon qui avait déjà relevé le défi de la transformation de la Gare d’Orsay à Paris. La décoration et l’architecture initiales sont mises en valeur par une luminosité exceptionnelle  (éclairages indirects judicieux, nombreuses verrières parfaitement intégrées à l’agencement général), une simplicité qui donne tout leur relief aux œuvres présentées et surtout une volonté de réhabilitation du patrimoine culturel. Avoir réussi à faire cohabiter des sculptures de marbre avec des cabines de douche et des tableaux de maîtres avec des porte-savons relève d’une prouesse remarquable**. Tout est beau, bien pensé. La circulation est fluide et la présentation des œuvres d’art agréable, voire originale pour certaines. Chaque point de vue offre une nouvelle perspective. Les œuvres peuvent être admirées de face ou de dos, de près ou de loin, de bas ou de haut… Le bassin revisité en pièce d’eau de faible profondeur offre un effet miroir particulièrement spectaculaire. L’espace dédié aux collections permanentes et aux expositions temporaires comprend, outre l’immense salle sous voûte du grand bassin, les couloirs des anciennes baignoires et les coursives des douches et cabines. Le site comprend aussi ce qu’il reste de l’ancienne usine de tissage Hannart-Prouvost (détruite par un incendie), notamment le mur de façade du musée, rue de l’Espérance.

L’ancien grand bassin devenu pièce d’eau-miroir

Détail de la mosaïque de pâte de verre du rebord du bassin, magnifiquement restaurée et mise en valeur par l’éclairage (bon, OK, la photo n’est pas terrible… mais je vous assure que c’est vraiment très beau en vrai!). Ci-dessous, le rebord de la piscine sur une belle photo datant de 1985, juste avant la fermeture (photo extraite du site www.roubaix-lapiscine.com).

*Nombreuses et passionnantes archives sur l’exposition internationale de 1911 sur le blog de Philippe Waret: Chroniques de l’Exposition Internationale du Nord de la France Roubaix 1911

** Je ne résisterai pas à l’envie de vous proposer un article (plus court, c’est promis!) sur ce qui reste des installations sanitaires de la piscine d’origine: des détails qui m’ont beaucoup amusée.

LA PISCINE de ROUBAIX
Musée d’art et d’industrie André Diligent
23 Rue de l’Espérance 59100 Roubaix
03 20 69 23 60
www.roubaix-lapiscine.com site d’où sont extraites toutes les photos noir & blanc

A vos agendas: « La Piscine a 10 ans! ». Jusqu’au 8 janvier 2012, la Piscine propose un parcours exceptionnel retraçant 10 années de donations, d’acquisitions et d’expositions. Un ensemble d’œuvres rassemblées par thèmes dans des « boîtes ». Prochaine exposition temporaire du 18 février au 20 mai 2012: « Picasso à l’œuvre dans l’objectif de David Douglas Duncan ».

Optimiser l’espace, choisir un nouveau logement, accueillir un enfant, rénover,  changer de décor, aider la famille à s’épanouir, déménager, donner un nouveau souffle… Il suffit parfois d’un petit coup de pouce! Le conseil en agencement & décoration est mon métier: venez le découvrir sur A TOUS LES ÉTAGES Le Site.
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